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Psychose à Pôle Emploi

Écrit par olivier. Publié dans Actualité

FOLEMPLOI                                            Huissier de Justice

J’apporte ce témoignage afin que mon histoire puisse servir d’exemple voire créer un précédent.

 Nous sommes en 2001, je suis conseillère en insertion professionnelle et chaque jour, je reçois des personnes en situation de précarité, bénéficiaires, pour une grande partie, de minimas sociaux.
 De 2006 à 2010, je suis inscrite à Pôle Emploi comme demandeur d’emploi, avec des périodes de travail en CDD ou en CDI.
 En 2009, j’emménage sur Lyon et, après mon inscription avec transfert de mon dossier de Toulouse à Lyon, rapidement, je trouve un emploi en CDD dans une association nationale engagée dans l’insertion de travailleurs handicapés.
 Deux mois après cette mission, je décroche un remplacement maternité de 6 mois qui se transforme en CDI. Nous sommes en 2010.
 En 2014, suite à des difficultés rencontrées dans le cadre de mon dernier emploi, je suis contrainte de partir, suite à un harcèlement, dans cette entreprise, mais ça c’est une autre histoire.
 Je vais donc me réinscrire au mois de juillet. Et là, les ennuis commencent…

 Un mois plus tard, j’ai le premier rendez-vous avec un conseiller Pôle Emploi. Au cours de cet entretien j’apprends que mon dossier est incomplet et qu’il manque des documents pour finaliser l’inscription : Attestations Employeurs de 2006 à 2014, la lettre de licenciement et les bulletins de salaires de 2013 et 2014. J’amène donc tous les documents demandés le lendemain matin. Voulant les déposer à l’accueil, je me fais refouler vers la boîte aux lettres à l’extérieur des locaux.
 20 jours plus tard, je reçois un courrier qui m’informe que mon dossier ne peut toujours pas être traité car il manque encore des pièces : Fiches de paies 2008, 2010 et certificat de travail de 2006.
 Bête et disciplinée, je dépose le tout gentiment dans la belle boîte aux lettres de Pôle Emploi le lendemain.
 J’attends quelques jours et ne voyant rien venir à l’horizon je téléphone au 3949 où on me dit que mon dossier est en train d’être étudié et que je recevrais très vite une réponse.
 J’attends encore (je suis très patiente !) et, re coup de téléphone. J’apprends que mon dossier est entre les mains de deux personnes car il est très compliqué et on me demande de patienter à nouveau. Je patiente donc quelques jours et je laisse un message sur le site de Pôle Emploi à la rubrique FAQ, nous contacter sous le thème : "réclamation".
 Tout cela nous amène au 23 septembre !!! Il y a eu le 11 septembre, le 21 septembre 2001 pour moi il y aura aussi le 23 septembre 2014 à chacun son World Trade Center ou son AZF ! En effet, alors que je regarde sur mon Espace Pôle Emploi où en est l’avancement de mon dossier, je vois que j’ai trois courriers, rien que ça. Je clique, je clique … … … et je tombe sur trois notifications de trop perçus : 3213,99 + 5686,64 + 1050 euros soit un total de 9950,63 euros !!!!!!!!!. « De battre, mon cœur s’est arrêté ! ».

 Deux notifications sont assorties d’un tableau occulte qui devait me donner des explications claires sur l’origine de ces sommes... Dire que le Ciel m’est alors tombé sur la tête est en dessous de la réalité ! Et au cas où je penserais qu’il s’agissait d’un poisson d’avril très en retard ou très en avance, je reçois ces mêmes notifications pas courrier dans ma boite aux lettres le même jour ! … Le lendemain, je reçois une convocation pour "Indus" au sein de mon agence Pôle Emploi écrite en des termes ne laissant aucun doute sur l’ambiance chaleureuse de l’entretien surtout si je ne m’y rends pas !
 Après quelques jours, pour essayer de digérer la nouvelle et contacter un ami avocat, j’envoie une lettre recommandée avec accusé de réception dans laquelle je demande de procéder à l’effacement de cette dette effarante que je ne reconnais pas leur devoir.
 Arrive le jour de l’entretien pour indus ! Je pressens que cela ne va pas être une partie de plaisir, heureusement j’ai prévu, je ne viens pas seule, mon compagnon est avec moi.
 Nous arrivons à l’heure au rendez-vous mais on nous fait patienter un très très long quart d’heure, ce qui n’arrange pas mon rythme cardiaque. Finalement on m’appelle et le scénario du Procès de KAFKA commence ! Je ne parlerai pas de la réticence des deux personnes (oui deux personnes), Mme X et Melle Y, d’accepter que mon compagnon assiste à l’entretien. D’ailleurs Mme X qui est aussi directrice adjointe de l’agence, prévient mon compagnon qu’elle ne tolèrera pas d’ingérence de sa part dans la discussion et, de très mauvaise grâce accepte que sa collègue aille chercher une chaise pour qu’il puisse s’assoir à mes côtés.
 Le bureau est mitoyen avec un autre et séparé par une vitre ce qui permet à un conseiller de pôle emploi de voir dans notre bureau en faisant mine de travailler sur son ordinateur. Tout le long de l’entretien ce dernier n’a de cesse de jeter des coups d’œil, de nous observer ce qui ajoute à notre malaise déjà bien grand.
 Dès le début de l’entretien le ton est donné je suis coupable de malversations et je sais forcément pourquoi ! Il est dans mon intérêt d’avouer avoir voulu rouler le pôle emploi pour vivre au-dessus de mes moyens.
 A toutes les demandes de précisions je n’ai droit qu’à une attitude condescendante et accusatrice de la part de Mme X, alors que Melle Y ne peut placer plus d’une phrase ! Mon compagnon tente plusieurs fois de demander des précisions et Mme X se montre très agressive, elle lui intime l’ordre de ne pas parler. Pourtant, j’ai quand même droit à certaines « explications » du genre : "ce n’est pas la peine de faire une demande d’effacement de la dette car il n’arrive jamais que Pôle emploi efface une dette de cette ampleur", ou encore que je n’aurais jamais le détail des sommes dues, que je n’aurais pas dû avoir droit à l’ASS car j’avais des reliquats d’ARE et que j’avais fraudé en demandant l’ASS, que je ne pourrais pas avoir de preuve de ce qu’elles avancent car c’était à moi de prouver que je n’avais pas fraudé... Cette litanie d'affirmations me donne le tournis.
 Finalement, et encore aujourd’hui, je ne sais pas à quoi a servi cet entretien si ce n’est de me faire insulter à mots couverts ou par allusions ? À moins qu'il ne s'agissait tout simplement de m'asséner quelques derniers coups sur la tête pour annihiler toute velléité de défense ?
 N’ayant pas droit à une explication claire et sereine je préfère mettre un terme à l’entretien. A la sortie de cet entretien, je ne vois aucune issue, je ne sais où avoir des informations sur ce genre de situation. Je passe 3 jours de prostration devant lesquels mon compagnon s’est retrouvé impuissant et en colère.
 Je me ressaisis et décidée plus que tout à faire valoir mes droits au moins à être présumée innocente je fais des recherches sur internet et tombe sur le forum de "Recours Radiation". Après avoir pris connaissance de plusieurs post, je décide de raconter mon histoire sans attendre.
 R., une militante de Recours Radiation et du collectif unitaire me recommande de demander un relevé des situations de 2008 à 2014 et l’arrêt des prélèvements effectués sur les paiements mensuels de mes indemnités car cela n’est pas légal : je n'ai aucun justificatif concernant cette dette que je ne reconnais pas, je n'ai pas donné mon consentement pour un échéancier. Comme par enchantement et contre toute attente, je reçois une semaine après le relevé demandé et le détail des prélèvements déjà effectués.
 Quelques jours après, sur invitation de R., j’assiste à la réunion hebdomadaire du Collectif Unitaire 69 lors de laquelle je raconte mon histoire et où le collectif est d’accord pour m’apporter son soutien et ils m’invitent à assister à une "Commission de Recours Convention 2014" en présence de cadres de pôle emploi spectacle et de Pôle Emploi Services. Lors de cette réunion, le correspondant régional spectacle Rhône, Monsieur R, me propose de contacter lui-même mon agence pour avoir un autre rendez-vous d’explicitations.
 Très rapidement je suis contactée par le responsable d’équipe de mon agence en personne, qui propose de me rencontrer. Je suis donc reçue par ce monsieur et cette fois je suis accompagnée par C. représentant du collectif. Si les premières minutes nous sommes impressionnés par le physique de videur de la personne, ce dernier nous reçoit pendant une heure durant laquelle il fait l’historique du dossier en précisant qu’il n’est pas en capacité de régler le problème et nous encourage à saisir l’IPR. C’est aussi la première fois qu’est soulevé l’hypothèse que la situation résulterait d’une erreur d’enregistrement des pièces de la part de Pôle emploi Toulouse et que je ne peux être soupçonnée de fraude !...
 Dans l’attente de l’IPR, je rencontre Monsieur M (Directeur Territorial) lors d’une réunion avec le Collectif Unitaire qui confirme que je ne suis en aucun cas accusée de fraude puisqu’ils ne peuvent pas fournir la preuve de la fraude et il s’engage à faire annuler l’indu en soutenant personnellement le dossier.
 Il aura fallu 3 réunions avec Monsieur M pour qu’enfin cet indu soit définitivement annulé ! En 4 fois (deux remises totales et deux remises partielles) Un grand merci à lui !
 J’aurais donc vécu 4 mois avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, avec des courriers agressifs de la part de Pôle Emploi, et je n’ose imaginer où j’en serais si je n’avais pas rencontré Recours Radiation et le Collectif Unitaire 69 et ces militants associatifs, syndicaux ou sans appartenance syndicale.
 Je n’ose pas imaginer les affres que traversent les personnes qui n’ont pas accès à l’information et à la connaissance d'associations de collectifs comme ceux là.
 Aujourd'hui, je suis à leur côté, ensemble, nous agissons pour que d'autres personnes ne se retrouvent pas seules face à Pôle Emploi sans comprendre ce qui leur arrive, pour que le plus grand nombre ait accès à l'information, tout simplement pour défendre ses droits, et aussi, de surcroit, pour retrouver une dignité sérieusement mise à mal.

Geneviève